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EUSEBIO LEAL : ET LES PIERRES PARLERONT 

Chaque homme dans sa vie, qu'elle soit courte ou longue, comblée d'honneur ou ignorée dans le silence si bavard de la mort, laisse une trace.

Eusebio Leal Spengler ne laisse pas seulement de trace, il est trace.

Il a creusé ces tranchées que réclamait José Marti, qui sont celles des idées, c'est-à-dire des véritables armes contre l'oubli et l'opprobre.

Ces dernières années ont été souillées par des destructions guerrières et terroristes de sites qui permettaient la lecture du monde et de l'Histoire de l'Humanité. D'autres destructions, sans doute plus misérables et sournoises,  enfouissent et rasent la mémoire c'est à dire ce temps de la construction, du fer et du faire, parce qu'il empêche l'occupation grossière et immédiate et meurtrière de l'espace pour les transformer en champs de spéculation.

Ces années, nos années, ont d'abord détruit ce qui précède la pierre, la soutient et l'ombrage, elle a détruit l'arbre.

J'ai eu l'honneur d'avoir plusieurs échanges avec l'Historiador de la Ciudad sur la notion de fleuve que le philosophe italien Mauricio Bettini oppose à celle de la racine. La racine, on peut certes la considérer comme le pilier de là où nous habitons mais aussi, et nous croyons davantage à ce sens, comme ce qui statufie l' l'Histoire et la culture.

Le fleuve, lui, coule, charrie, ravine, dépose, et forme le lit de ce qui est le berceau de la vie et de sa mémoire.

Qui a fait notre Histoire et nos histoires, sinon l'Indus, le Nil, l'Euphrate, l'Amazone et tous les affluents de ces bras de la force et du courant ?

Eusebio Leal aimait passionnément notre monde européen - il partageait cet amour avec Alfredo Guevara et Monseigneur Carlos Manuel de Cespedes.

Les fleuves européens du « Vieux Monde », ( expression qu'il détestait ), ces fleuves dans ses dérives comme dans ses moissons, dans ces conquêtes autant que dans ses constructions, ont pour noms le Guadalquivir qui a poussé les caravelles vers l'Ici, ces terres, ces Iles et ces mers qu'il avait compris comme personne, le Rhin, l'Arno avec ses élégantes et somptueuses passerelles conçues comme des passages d'un texte à l'autre qu'il soit d'écrit, de peinture, de chant ou de pensée.

Eusebio Leal Spengler était Frère d'un fleuve, Fleuve du monde, source, cours, écluse, embouchure comme celle de l'Orénoque dont les « découvreurs » pouvaient penser qu'il ouvrait la gueule de l'Enfer.

Eusebio Leal Splenger était un homme de pierre, de celles dont on veut apprendre et comprendre l'histoire et la taille, celles de Balbek, de Pisac, de Tikal, celle de la Forteresse du Roi Christophe, celle de l'Alhambra, celle de Petra. Il écoutait leur voix.

Celle de la Loire avec ses châteaux et ses poètes, avec du Colisée comme celle de Chenonceau.

Eusebio Leal était amant de la musique. Aussi bien celle d'Esteban Salas que de Monteverdi, celle de Malher et aussi celle des forêts, celle des poèmes de René Char et d'Eliseo Diego. Il parlait des sons de ces messagers qui aidaient à comprendre le monde. Des messages de Lecuona, de José White, de Satie, et bien sûr de Wagner qui l'accompagnait jusque chez Berg.

Eusebio Leal aimait passionnément le livre tant pour ce qu'il disait que pour la beauté de ses caractères, ses «corps » et ses enluminures. Au milieu du tumulte du monde il regardait une esperluette comme le plus beau bijou des diamantaires d'Anvers.

Eusebio Leal était un orateur. Je n'aime pas beaucoup le mot tribun en pensant à lui. Sa parole commençait lentement et prenait le chemin d'un Magnificat. L'entendre plutôt même l'écouter, procurait des sensations que j'ai toujours comparées au duende, et à celui furtif, violent et en même temps amoureux de la Saeta comme de l'instant qui précède l'estocade.

Si Eusebio Leal avait été là, à la cinco de la tarde, de sa voix et de ses paroles, il aurait su arrêter le assassins du poète.

Mais avant tout et contre tout - car les faussaires de la Ville ont essayé - et d'une certaine façon, y sont parvenus - à l'empêcher de montrer que la terre est bleue comme une orange, il a montré que sous le Colisée se trouve intact l'immense Palais de Néron et que le plus petit Palais de La Havane mérite les attentions, dépenses et les honneurs de ceux des Princes fous.

La Havane, su Bella Cuba : son berceau, son amante, sa Muse, cette beauté des chemins auxquels il a donné sa vie et trouvé sa mort sans demander ni couronne ni spectre.

Ce qui l'intéressait, ce qui l 'obsédait, sa seule et vraie passion était de reconnaître, de re-nommer, le petite arche au fond d'une église oubliée, privée de sa Vierge et de son orgue afin de lui rendre visage et voix.

On sait que ce travail, que la montée de ce chemin, lui, croyant, il le comparait assurément à celui des Fioretti. Il y lisait aussi bien des psaumes que des sourates...

Aujourd'hui La Havane s'appelle Eusebio. Il marche lentement, étendant les mains vers les pierres à qui, par force, foi et courage, mon dieu ! Quel courage ! il a donné la parole en leur soufflant le refrain du refus de l'oubli. Il marche lentement et raconte.

Le meilleur hommage que nous devons lui rendre aujourd'hui est de nous promener et sans doute de nous perdre avec amour et respect dans les rues de La Havane pour écouter au son d'une habanera ce que les pierres tant caressées, tant respectées et tant contées par ce démiurge, nous disent de sa part.

Je terminerai cet hommage par un souvenir personnel.

Eusebio ouvrait un colloque à l'Alliance française du Palais du Prado - magnifique donation que grâce à lui l'Etat cubain à fait a la France - J'étais assis à côté d'une amie cubaine que j'aime et que j'admire aussi. Elle me disait : « pourquoi un homme comme toi, restes-tu encore sur cette terre si ingrate et difficile qui peut te donner bien moins que ce que tu avais dans ta vie antérieure ? » Je n'ai pas eu le temps de répondre car Eusebio commençait à parler. A ses derniers mots, dans cette apothéose lyrique dont il avait le secret et qui offrait un cante hondo à notre corps et à notre âme, j'ai regardé mon amie, nous étions émus l'un comme l'autre profondément émus, absolument émus.

« Voilà, tu as la réponse, c'est pour ça que je reste ! ».

Xavier d'Arthuys

31 juillet 2020

La France au 500e anniversaire de La Havane


Les célébrations du 500ème anniversaire de la fondation de La Havane ont été l'occasion de deux déplacements simultanés à la mi-novembre 2019 : celui de l'ancien Président de la République française, François Hollande, et celui d'une délégation du groupe d'amitié parlementaire France-Cuba.

Au cours de sa visite dans la capitale cubaine, l'ancien Président de la République française, François Hollande, accompagné de sa compagne Julie Gayet, de l'ancien Président du Sénat, Jean-Pierre Bel, et de l'ambassadeur de France à La Havane Patrice Paoli, a déposé une gerbe de fleurs devant la plaque commémorant l'explosion de La Coubre, le navire français ayant explosé dans le port de la Havane le 4 mars 1960.

François Hollande a ensuite retrouvé les députés du groupe d'amitié parlementaire France-Cuba à la Casa Victor Hugo, accueilli par son directeur Delvy Colina et où l'attendait une délégation de l'association Cuba Coopération dont les deux responsables Victor Fernandez et Roger Grévoul, avant de se rendre au siège de l'Alliance française sur le Prado, que François Hollande avait inauguré lors de sa visite officielle à Cuba comme chef de l'Etat en mai 2015.

M. Hollande a également rencontré le Cardinal Juan de la Caridad Garcia Rodriguez, archevêque de La Havane, Miguel Diaz Canel, Président de la République de Cuba, et Raul Castro, premier secrétaire du comité central du Parti communiste cubain

Une délégation du groupe d'amitié parlementaire France-Cuba, emmené par son Président, François-Michel Lambert, député des Bouches du Rhône (UDE), était présente à ces célébrations du 500ème anniversaire de La Havane. Elle était composée de Brahim Hammouche, député de Moselle (MoDEM), Nicole Le Peih, députée du Morbihan (LREM), Christophe Bouillon, député de Seine Maritime (PS) et de Mustapha Laabid, député d'Ile et Vilaine (LREM). Les députés français ont été reçus à l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, au ministère des relations extérieures (MINREX), au ministère du commerce extérieur et des investissements étrangers (MINCEX) et au siège du Parti communiste cubain (PCC). Par ailleurs, la délégation parlementaire a largement participé aux commémorations du 500e anniversaire. Les députés ont ainsi assisté à la représentation spéciale offerte par le ballet de Saint-Pétersbourg au grand théâtre Alicia Alonso et au feu d'artifice tiré sur la colline face à la vieille ville le vendredi 15 novembre, puis au gala culturel sur le perron du Capitole le samedi 16 novembre.

L'association Cuba Coopération avait organisé, à l'occasion de ces célébrations, un colloque sur « Victor Hugo visionnaire de Paix » sous la houlette de Gérard Pouchain et avec des spécialistes venus du monde entier et la présence de Jeanne Hugo, son arrière/arrière-petite-fille. Deux journées de contributions de haut niveau, animées par les deux coprésidents Florence Naugrette et Jean-Marc Hovasse.

(Sources : ambassade de France et Cuba Coopération)

De haut en bas : F. Hollande dans la vieille Havane ; devant le Capitole avec l'ambassadeur Paoli (à gauche) et Jean-Pierre Bel (à droite) ; avec l'écrivain Leonardo Padura (à gauche) et l'acteur Jorge Perrugoria (à droite) ; devant la plaque de La Coubre (photos ambassade).

Quel rôle pour la France à Cuba

Le député François-Michel Lambert, président du groupe d'amitié France-Cuba, venu à La Havane pour la signature par le secrétaire d'État aux affaires étrangères et européennes Jean-Baptiste Lemoyne de plusieurs accords de coopération économique, fait un point sur le devenir possible des relations franco-cubaines. Un entretien détendu à l'Hotel Nacional où il nous a reçus, étant un peu chez lui : né à La Havane où son père était en poste, il a y passé cinq années dont une grande partie précisément dans une aile du Nacional. 

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