Chroniques littéraires
Cette nouvelle rubrique a l'ambition d'offrir des textes denses et riches, tous originaux, tirés par nos membres soit de textes cubains en espagnol, soit de leurs propres travaux de recherche. Ils seront disponibles en format PDF, sous un chapeau synthétisant ou annonçant leur contenu.

Un coup de foudre littéraire : 

Julian del Casal et Gustave Moreau


C'est une histoire très originale que nous racontent Dominique Fernandez et Roger Herrera dans le petit livre « Aux lumières pourprées du crépuscule - Correspondance croisée », qu'ils ont présenté le 25 février au musée Gustave Moreau à Paris.

Une histoire emblématique de la force des liens culturels entre la France et Cuba, celle de l'enthousiasme passionné d'un tout jeune poète cubain, Julian del Casal (1863-1893), pour un peintre français renommé qu'il n'a jamais rencontré car il vit de l'autre côté de l'Atlantique, Gustave Moreau, dont il a découvert l'œuvre sur de petites reproductions photographiques.

Cette histoire, c'est le franco-cubain Roger Herrera, enseignant de français à La Havane avant de s'installer à Paris, qui l'a racontée à Dominique Fernandez, écrivain prolifique et spécialiste de l'Italie mais dont les racines mexicaines lui ont laissé le goût de l'Amérique latine. Herrera, spécialiste de Julian del Casal depuis une dizaine d'années, a recueilli et mis en séquence la correspondance croisée entre les deux hommes, ce que Dominique Fernandez appelle « la plus étrange correspondance échangée entre deux hommes qui ne se connaissent pas et se comprennent à peine ».

Au départ, Julian del Casal découvre en reproduction noir et blanc - il n'y a pas encore de photo en couleurs - trois œuvres du peintre français, Salomé, Hélène et Galatée, sur lesquelles il écrit des poèmes publiés dans la presse de La Havane, Salomé en 1890, Hélène et Galatée en 1891. Puis il va plus loin et écrit au peintre, d'abord en espagnol puis progressivement, en se faisant aider, dans un français approximatif et enflammé qu'on peut découvrir ici. Il se lance dans une correspondance où il n'attend pas la réponse du peintre pour lui écrire à nouveau, jusqu'à ce que ce dernier se mette à répondre à cet admirateur passionné.

C'est par la littérature française et précisément dans le roman « A rebours » de J.K. Huysmans que le poète a entendu parler de Moreau et découvre à son tour l'inspiration unique de ce peintre qui emprunte à la mythologie et au fantastique et crée un monde imaginaire avec des créatures diaphanes et énigmatiques. Casal est très connu dans les milieux littéraires de La Havane, mais Gustave Moreau a du mal à le situer, et découvre peu à peu la qualité de ce qu'écrit le jeune Cubain, qui passe par l'intermédiaire de Huysmans.

Ce livre regroupe ainsi leur correspondance croisée, suivie des poèmes de « Mi museo ideal », traduits et commentés par Roger Herrera et Dominique Hernandez, un recueil où Casal rend hommage à 10 tableaux de Moreau.

Leurs échanges resteront lointains et le poète meurt d'une maladie cardiaque rare en 1893, ayant à peine trente ans, sans avoir pu rencontrer le peintre ni admiré ses peintures en vrai, au-delà des petites reproductions de la presse et des magazines et aussi des photos qu'il avait fait acheter à Paris.

D'où l'excellente idée de Dominique Fernandez et de Roger Herrera de présenter leur livre dans le musée Gustave Moreau où ses peintures, certaines gigantesques, créent un cadre tout-à-fait irréel et expliquent l'engouement du poète pour tous ces personnages hors du temps, éthérés et froidement sensuels.

« Gustave Moreau/ Julian Del Casal, Aux lumières pourprées du crépuscule, correspondance croisée », suivi de « Mi Museo ideal ». 132 pages, Ed. Hermann. Pour se procurer le livre : https://livre.fnac.com/a13655553/Gustave-Moreau-Aux-lumieres-pourprees-du-crepuscule

Photos : (c) Alexandre Arminjon (en haut), (c) Alexandre Jacques (en bas). Portraits du milieu: Gustave Moreau (à gauche), Julian del Casal (à droite).  

Padura en France pour "La Trasparence du temps"

La sortie en traduction française du dernier roman de Leonardo Padura, « la Transparence du temps » (Métailié Ed.), a amené le grand écrivain cubain à faire une tournée de présentation en France. La journaliste Olivia Gesbert l'a interviewé à l'émission de France Culture « La Grande Table » .

Mais pour ceux qui n'auraient pas la possibilité d'écouter cette émission podcastée sur Internet, nous avons transcrit l'essentiel de cette interview qui n'est pas un verbatim.  L'émission peut être écoutée en podcast sur le lien suivant :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/leonardo-padura-une-melancolie-cubaine

Et c'est l'occasion de retrouver sur le même site les émissions faites par France Culture autour de l'œuvre de Padura.

Dans le cadre de sa tournée de présentation en France, Padura était le 15 janvier au Square de Grenoble et le 17 janvier à la librairie Millepages de Vincennes, avant de rejoindre le festival Le Goût des Autres au Havre du 18 au 20 janvier 2019, où Arnaud Laporte l'attendra pour une Masterclasse publique qui sera diffusée cet été sur l'antenne de France Culture.

Article complet en PDF à télécharger en cliquant ci-dessous