Le Mercure du Louvre sur les toits de La Havane

15/05/2019

La statue du Mercure de Jean de Bologne, dont l'original se trouve au Bargello de Florence et une copie au Louvre, a poursuivi son vol jusqu'à la chambre de commerce de La Havane, où le dieu des voyages continue à défier les tornades tropicales.

El Mercurio de La Habana

Une svelte coupole couronne la terrasse de la Lonja de Comercio  (Chambre du commerce) qui se trouve à l'angle de la place Saint François d'Assise de la vieille Havane et de la Calle Lamparilla, sur laquelle se hisse depuis le 28 mars 1909, date de l'inauguration de l'édifice, une statue de Mercure, le dieu des voyageurs et du commerce dans la mythologie romaine. 

La figure en bronze faite avec des plaques très minces est une réplique de l'œuvre du sculpteur flamand Jean de Bologne, né à Douai en France en 1529, qui a été réalisée entre 1564 et 1580. La statue originale est au musée du Bargello à Florence. Une copie se trouve au Musée du Louvre. 

Plaza San Francisco de Asis (Habana Vieja).En face, la Lonja de comercio avec la statue de Mercurio, à la droite la douane du port de La Havane.

Lonja de comercio (Plaza San Francisco de Asis) avec la Fuente de los leones.

D'une grande fragilité par sa forme sa structure légère, cette sculpture a subi les excès du climat tropical, plusieurs fois renversée par des cyclones et projetée au sol en contrebas de l'immeuble. Le 14 octobre 1999, c'est le cyclone Irène qui l'a emportée, la jetant à terre et la fragmentant en morceaux. 

Il a fallu alors trouver une solution pour l'empêcher de succomber à nouveau. La statue a été soumise à un processus long et minutieux de reconstruction par le sculpteur Hector Martinez Cala, et un groupe de collaborateurs, en concevant un support en rotation. 

La « nouvelle » statue fut hissée le 13 mars 2001, et Mercurio couronna une nouvelle fois le bâtiment de la Lonja de Comercio.


Le Mercure du Louvre 

Jean Boulogne ou Jean Bologne, né Français, s'établit à Florence où il était nommé Giambologna, il y vécut jusqu'à sa mort en 1608. 

Pour réaliser son Mercure, une statue de 1,80 m de hauteur, l'artiste utilisa la technique de la fonte à la cire perdue pour représenter cette figure en vol, en appui sur la pointe du pied gauche, véritable défi lancé aux lois de l'équilibre en sculpture. 

Au bras droit levé, l'index pointé vers le ciel, répond le pied gauche tendu ; au bras gauche plié répond la jambe droite rejetée vers l'arrière. Le dieu, messager de Jupiter porte le pétase ailé, le caducée et repose sur la tête du dieu des vents Eole. Le motif a servi de fontaine, l'eau jaillissant sous le pied gauche du dieu ajoutant à l'impression d'apesanteur.

Connu par de nombreuses réductions et par plusieurs tirages dont celui du Bargello, le Mercure de Jean de Bologne semble être l'expression de la sculpture maniériste. Traduisant en trois dimensions l'audacieuse silhouette du Mercure peint par Raphaël pour la villa Farnésine au début du 16e siècle, l'œuvre est caractéristique de ce style international qui puise dans le répertoire de la Renaissance classique : corps gracile et juvénile, canon allongé, tête petite, position à la limite de la rupture d'équilibre inspiré du ballet créé à la cour des Médicis, multiplication des angles de vue, intégration dans un paysage. Le succès du style de Jean de Bologne, originaire de Douai mais qui fit toute sa carrière à Florence, à la cour des Médicis, est dû à la diffusion par son atelier (Antonio Susini, Pietro Tacca, Pierre de Franqueville) de nombreuses réductions offertes par les Médicis en cadeau diplomatique.

Extraits © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Pour les habitants de la capitale cubaine, cette statue française fait partie du paysage de la vieille Havane, dont on célèbre cette année le 500e anniversaire. Le Mercurio restera perché sur la Bourse du Commerce quels que soient les assauts du mauvais temps, quitte à l'y replacer de nouveau.

Monique Peainchau, La Havane, mai 2019