Qu'on leur donne des "biscuits"...

11/06/2019

L'autre jour notre fort sympathique Association Empreintes Huellas a organisé une visite qui a connu un franc succès : le Musée des Arts décoratifs à La Havane, un des Palais d'une des familles les plus riches de la « Perle des Antilles. » 

Et pas n'importe quelle visite ! Vingt deux invités ont pu admirer les très belles pièces françaises de la collection de la Comtesse (je ne me souviens plus si elle était Duchesse ou Comtesse... !) mais en tous cas, elle avait bien du goût et du raffinement cette belle Baronne cubaine à la vue des chefs d'œuvre que nous a présentés le très talentueux et sympathique Mario. 

Et, cerise sur le gâteau, si je puis dire, visite de l'exposition fort bien montée, de pièces de la Cour de Versailles, entourage et décor fastueux de la « Môme Marie Antoinette, l'autrichienne ! » Je dis « môme » avec tout le respect que, jour d'inventaire, je lui dois. La « Môme Marie Antoinette » ! Elle avait été séparée de son petit chien à 13 ans, était une exfiltrée autrichienne sans papier et mariée de force au Roi de France qui lui en avait 15 (ans !), l'auteur maladroit du « rien » inscrit sur son carnet intime. Ce « rien » finalement ne faisait sans doute pas allusion à sa déroute sexuelle (à son âge il avait le droit de préférer jouer à la poupée !) mais sans doute au fait qu'il n'avait pas, ce jour-là, jour de chasse, abattu le gibier qu'il prisait. 

Nous entrons dans le Salon où sont présentées ces pièces exceptionnelles et les visiteurs, moi le premier, de se pâmer devant la porcelaine de Limoges, celle de Sèvres, les lustres en baccarat, les tables incrustées d'ivoire (qui, lui, ne venait pas de Chambord mais de plus au Sud !), les « biscuits » (non pas ceux qu'elle avait envie de faire passer pour du pain) mais ces merveilles de petites sculptures ornementales représentant généralement des faunes, des lutins, des vénus, de quelques chiens et beaucoup de froufrous. Et les tapisseries d'Aubusson. 

Oubliées les famines du peuple, oubliés les cachots pour les gueux, oublié « l'horloger » pas si lourdaud que ça en vérité... Oublié le Cardinal et le collier, oubliée l'odieuse du Barry, oubliée la Lamballe qui a très vite perdu la tête... Rentrez ici messieurs dames, dans le boudoir de la nostalgie. Et pourquoi pas ?

Le Petit Trianon vaut bien trois messes et Stephan Zweig nous raconte admirablement bien la vie et la fin sinistre et noble de la Reine. Dans la charrette qui l'emmène à la mort, Jacques Louis David la dessine de façon admirable. « La Veuve Capet » brisée, n'est plus que l'ombre d'un bijou.. Restent les ors, les argents, les coupes, les bijoux, les cristaux, les soieries, les musiques et tout ce qui mérite d'être admiré et montré car au-delà de la Terreur, la Beauté et l'Art (Isabelle Huppert parle de la Reine comme « un petit bout d'oeuvre d'art ») sont plus précieux et plus forts que la sinistre mort du Comte de Fersen. 

Xavier d'Arthuys, La Havane, mai 2019 

Photos: Empreintes/Huellas et Cuba.com