Mosaïques de Cienfuegos

21/12/2018

Grâce à l'aide de nos amis de Cuba Coopération, la ville de Cienfuegos s'apprête à retrouver les mosaïques du théâtre Tomas Terry entièrement restaurées, à temps pour le bicentenaire de la ville en avril prochain.

Empreintes a pu constater sur place, en présence du secrétaire général de Cuba Coopération Bernard Montagne, l'état d'avancement des travaux menés par le grand spécialiste italien de Ravenne, berceau de la mosaïque byzantine, Verdiano Marzi, créateur de renommée internationale et qu'à l'école des mosaïques de Philadelphie on appelle « il Maestro ».

L'origine du théâtre de Cienfuegos est la donation faire aux autorités cubains en 1863 par un riche producteur de canne à sucre, Tomás Terry, qui décède en 1886 à Paris alors que le projet n'a pas abouti. Ses successeurs décident de compléter la donation pour faire aboutir le chantier, et les travaux sont réalisés entre 1887 et 1889. D'ambition internationale, le théâtre accueillera notamment Sarah Bernhardt et Enrico Caruso.

De conception avant-gardiste, le théâtre comporte trois mosaïques monumentales placées sur la façade, au-dessus de l'entrée principale du théâtre, illustrant les figures allégoriques de la tragédie, de la comédie et de la musique, Melpomène, Thalie et Euterpe. Endommagées pas le temps et leur exposition face au vent de la mer, les mosaïques devaient être sérieusement rénovées pour retrouver leur éclat originel.

Le chantier a été parraîné par Cuba Coopération France, qui a contribué aux travaux à hauteur de 50.000 euros et avec notamment le sponsoring de la socété SEGAT. Parallèlement, comme d'autres monuments à travers la ville, le théâtre connaît une restauration de fond qui concerne la façade et tout l'intérieur : salles, plafonds, escaliers, décoration, éclairage...

Le maître d'œuvre de la restauration des mosaïques est donc le spécialiste italien Verdiano Marzi, celui qu'à l'école des mosaïques de Philadelphie on surnomme le Maestro. Il encadre de jeunes étudiants des beaux-arts de la ville tous volontaires et qui ne comptent pas leurs heures pour arriver à respecter les échéances.

Les trois panneaux géants de la façade ont été délicatement calqués avant d'être encollés avec une gaze pour les solidifier, puis délicatement détachés et déposés à l'intérieur. Chaque tesselle a été numérotée et repérée avec exactitude, puis les panneaux ont été reconstitués à plat dans une salle du théâtre. Avec les plans, photos et documents d'époque, les pièces manquantes ou endommagées ont été refaites en verre ou en céramique suivant les techniques traditionnelles maîtrisées par le maître de Ravenne.

Ces éléments reconstitués ont été placés face en bas sur une grande feuille de plastique avant d'être recouvertes d'une couche d'enduit solide qui leur servira de base, et c'est Cuba Coopération qui a fourni les mortiers spéciaux pour consolider le tout. avant que chaque panneau restauré et consolidé soir replacé sur son emplacement d'origine sur la façade du théâtre.

Le maestro s'est dit heureux non seulement de participer à cette restauration, mais tout autant de former des jeunes deviendront spécialistes de cette technique dont les Byzantins avaient fait un art à art entière et qui existait à Ravenne depuis l'époque paléo-chrétienne. Une fois les trois panneaux complétés et prêts à être replacés, le travail de pose permettra au théâtre de faire briller sa façade et d'apporter une lumière particulière aux festivités du bicentenaire d'une ville qui a beaucoup de liens avec la culture française.

Photos: Fabrice Bayle, Cienfuegoscity.org, Presse cubaine, By Velvet - Own work, (CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38676425)

Pierre Bayle, La Havane, décembre 2018